En Suisse, le RAG d’entreprise bute rarement sur la qualité des modèles — il bute sur la juridiction, le contrôle d’accès et le travail ingrat consistant à faire entrer proprement les documents. Ce guide couvre les quatre décisions qui déterminent le résultat : construire ou acheter, modèle de déploiement, périmètre du premier corpus, et comment vous saurez que ça marche.
Construire ou acheter
Une démo prend un week-end. Un système en production, c’est un découpage qui respecte la structure des documents, de l’OCR pour la moitié numérisée de l’archive, une recherche multilingue, un contrôle d’accès par document, un effacement en cascade, des journaux d’audit, une évaluation — et quelqu’un de piquet. Les équipes qui construisent en interne sous-estiment systématiquement les six derniers points.
Construire se justifie si la recherche est votre produit, ou si un corpus vraiment inhabituel exige un traitement sur mesure. Acheter se justifie si le corpus est du matériel d’entreprise ordinaire et que la différence se fait sur ce que vos équipes font des réponses. La voie intermédiaire — acheter la plateforme, posséder le corpus, l’ontologie et le jeu d’évaluation — est celle où atterrissent la plupart des projets suisses.
Modèles de déploiement
| Modèle | Convient à | Compromis |
|---|---|---|
| Assistant IA public (sans RAG) | Matériel public uniquement | Pas de corpus, pas de citations, pas de contrôle d’accès |
| RAG cloud étranger | Corpus non sensibles | Communication transfrontalière à évaluer et à défendre |
| SaaS suisse multi-clients | La plupart des entreprises suisses | Infrastructure partagée ; exige chiffrement par client et isolation stricte |
| Mono-client dédié en Suisse | Établissements régulés, pression prudentielle | Coût supérieur, service toujours infogéré |
| Sur site | Environnements isolés ou classifiés | GPU, mises à jour, disponibilité et feuille de route IA à votre charge |
Pour la plupart des organisations suisses, la réponse honnête est une plateforme RAG suisse en SaaS infogéré avec chiffrement par client, et un passage à l’infrastructure dédiée uniquement là où une autorité ou un contrat client exige une séparation physique. Le sur site est la bonne réponse pour un petit nombre d’environnements et une habitude coûteuse partout ailleurs.
Ce que cela coûte
Budgétez en trois lignes, pas une. La licence suit le nombre d’utilisateurs et la taille du corpus : c’est la partie prévisible. L’ingestion est ponctuelle et suit le nombre de documents, la qualité des numérisations et la variété des formats — un export propre depuis une GED coûte peu, vingt ans de PDF scannés sur un partage réseau beaucoup plus. L’effort interne est la ligne oubliée : quelqu’un doit décider ce qui entre, qui peut le voir et ce que signifie « une bonne réponse ». Prévoyez un responsable compétent à temps partiel pour le premier trimestre.
À titre de repère, les tarifs suisses d’une plateforme souveraine infogérée démarrent à quelques centaines de francs par mois pour une équipe et atteignent quatre chiffres pour un déploiement à l’échelle de l’organisation avec infrastructure dédiée.
Un calendrier réaliste
- Semaines 1–2 — périmètre. Un département, un type de question, un corpus que vous pouvez nommer. Résistez au « tout indexer » : cela gonfle le coût, dilue la qualité de recherche et transforme le contrôle d’accès en projet à part entière.
- Semaines 2–4 — ingestion et modèle d’accès. Charger le corpus, reproduire les permissions existantes document par document, corriger ce que l’OCR a abimé.
- Semaines 4–6 — évaluation. Rédigez 30 à 50 vraies questions dont vous connaissez la réponse, avec les futurs utilisateurs. C’est ce jeu, et non un benchmark fournisseur, qui vous dit si le système fonctionne sur vos documents.
- Semaines 6–10 — pilote avec de vrais utilisateurs. Surveillez dans le journal des requêtes les questions qui échouent ; la plupart des corrections portent sur le corpus ou les permissions, pas sur le modèle.
- Ensuite, croissez par corpus, pas par effectif. Chaque nouvel ensemble documentaire repasse par le même cycle.
Où les projets suisses échouent
- Aucun jeu d’évaluation. Sans lui, « c’était mieux la semaine dernière » reste sans réponse et chaque changement est un pari.
- Contrôle d’accès ajouté après coup. Les permissions font partie de l’ingestion. Les ajouter après la mise en service impose de tout réingérer — et d’ici là, chacun trouve tout.
- La moitié numérisée de l’archive. Si l’OCR est mauvais, la recherche l’est aussi ; aucun modèle ne compense un texte jamais extrait.
- Hypothèses linguistiques. Les corpus suisses mêlent allemand, français, italien et anglais. Un pipeline testé seulement en anglais se dégrade silencieusement — voir le RAG multilingue pour documents suisses.
- Souveraineté traitée en dernier. Découvrir en revue de sécurité que les embeddings partent vers une API étrangère relance l’appel d’offres. Réglez le parcours des données en semaine un avec la checklist en douze questions.
Ce qu’il faut exiger d’un pilote
Vos propres documents, vos propres questions, sur le parcours de données de production — pas un bac à sable dans une autre juridiction. Un pilote qui ne peut pas utiliser de vrais documents à cause de son emplacement a déjà répondu à la question de la souveraineté. Voyez la vue d’ensemble par industrie, ou lisez RAG vs. fine-tuning si le débat interne porte encore sur l’entraînement d’un modèle sur votre archive.